Fils d’Abraham« Si vous ne redevenez comme des petits enfants.. » Le conseil de Jésus est bien connu. Il venait à l’esprit en suivant la rencontre originale entre les présidents israélien et palestinien, à l’invitation du pape François, le 8 juin au Vatican. Les protagonistes de cette « invocation pour la paix » étaient certes avancés dans l’âge – Shimon Peres a 90 ans – mais à les voir prendre place dans le même minibus, échanger en riant le long du court trajet, l’ambiance – du moins celle qui nous était donnée à voir – semblait bon enfant.
Plus sérieusement, les superbes paraissaient bien dispersées le temps de ce doux début de soirée. Les présidents Abbas et Peres étaient assis seuls, de part et d’autre du pape, dans le cadre verdoyant, mais non luxuriant, des jardins du Vatican. Chaque chef d’Etat a pris la parole à la fin, mais devait surtout écouter, méditer, prier peut-être. Ils avaient fait le voyage de Jérusalem juste pour cela.

Pour se reconnaître, comme le pape François a voulu le rappeler dans son intervention, les « enfants d’un unique Père »

. Tout le sens de cette rencontre s’est appuyée sur la reconnaissance que les seuls efforts humains, nos seules actions d’enfants, ne peuvent venir à bout des conflits, qu’une « invocation » à Dieu est incontournable : « Nous sommes ici parce que nous savons et nous croyons que nous avons besoin de l’aide de Dieu ». Le pape en a même fait à la fin une prière de « supplication » : « A présent, Seigneur, aide-nous Toi ! Donne-nous Toi la paix, enseigne-nous Toi la paix, guide-nous Toi vers la paix. »

Pour aider tous les présents à se voir comme enfants du même Père, chacune des prières – juive, chrétienne puis musulmane – a commencé par reconnaître le même Créateur. Le pape a désigné « Messieurs les Présidents » comme des « fils d’Abraham », figure qu’il avait déjà rappelée en visitant le Dôme du Rocher à Jérusalem le 26 mai. Dans sa prière, il a supplié le « Seigneur, Dieu d’Abraham et des Prophètes, Dieu Amour ». Si Shimon Pérès a cité la Bible et Mahmoud Abbas le Coran, le pape, bien que le plus religieux des trois, s’est gardé de mentionner les Evangiles. Comme s’il voulait en priorité faire ressortir devant ses invités tout ce qui les montre enfants du même Père.
Dans le but bien entendu qu’ils se reconnaissent, du même coup, comme frères. Le mot est revenu six fois, au pluriel ou au singulier, dans son intervention. Il avait déjà évoqué la garde de son frère à avoir lors de la veillée de prière pour la Syrie le 7 septembre dernier, à travers le récit de Caïn et Abel.

Nul ne sait concrètement quel chemin de paix sera éventuellement emprunté après cette rencontre inédite de deux heures. Mis, que ce soit pour les participants ou ceux qui les ont auront regardés à travers le monde, elle aura touché par la manière dont le pape a mis le doigt sur le plus essentiel, le plus simple et le plus souvent étouffé : pas de paix sans un lien direct de fraternité retrouvée, ressentie, éprouvée, et pas de fraternité véritable sans la confession d’une même paternité spirituelle. Son premier message pour la journée mondiale de la paix a porté justement sur la fraternité. Et la prière clé de son pèlerinage en Terre sainte fut le Notre Père. Comprendre son invocation du 8 juin devient dès lors.. Enfantin.

Source : La Croix/ Sébastien Maillard/ 9 juin 2014

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