Islamophobie ou racismeMohammed MOUSSAOUI

-I. Introduction

L’islamophobie est un néologisme qui n’a trouvé que très récemment sa place dans les dictionnaires français. La première édition 2006 duPetit Robertdéfinit l'islamophobie comme une « forme particulière de racisme dirigé contre l'islam et les musulmans qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins ». Son édition de 2014 le définit dans ces termes : «  Hostilité contre l’islam et les musulmans ». Le Grand Larousse, édition 2014 le définit dans des termes similaires : «  Hostilité envers l’islam, les musulmans ». La présente note est une modeste contribution que j’avais versée, le 17 octobre 2013, au débat sur la question de l’emploi de l’expression « racisme antimusulman » ou celle d’« islamophobie », dans le cadre des travaux de la CNCDH sur son Rapport de 2013, consacré à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Ce débat a été long et difficile, mais a abouti finalement à l’adoption de la CNCDH du concept « islamophobie », avec une bonne majorité lors de son assemblée plénière du 30 janvier 2014

II.  Historique  du mot islamophobie

Selon Fernando Bravo Lopez ([1]), Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed ([2]) l’invention du néologisme « islamophobie » et ses premiers usages sont dus à un groupe d’« administrateurs-ethnologues » ou spécialisés dans les études de l’islam ouest-africain ou sénégalais ([3]) pour dénoncer des comportements et des positions hostiles à l’encontre des musulmans et de la religion musulmane ([4], [5], [6], [7], [8], [9]).

Ainsi, dans un article de 1910 sur l’état de l’Islam en Afrique occidentale française, Maurice Delafosse écrit « Quoi qu’en disent ceux pour qui l’islamophobie est un principe d’administration indigène, la France n’a rien de plus à craindre des Musulmans en Afrique occidentale que des non-Musulmans. (…) L’islamophobie n’a donc pas raison d’être dans l’Afrique occidentale, où l’islamophilie, dans le sens d’une préférence accordée aux Musulmans, créerait d’autre part un sentiment de méfiance parmi les populations non-musulmanes, qui se trouvent être les plus nombreuses. L’intérêt de la domination européenne, comme aussi l’intérêt bien entendu des indigènes, nous fait donc un devoir de désirer le maintien du statu quo et de garder une neutralité absolue vis-à-vis de tous les cultes. » ([4]).

« Il faut reconnaître pourtant que de 1908 à 1911, il y eut dans la région de Touba quelques motifs susceptibles d’éveiller véritablement les soucis de l’administration, et qui étaient plus objectifs que l’islamophobie ambiante. »([5], p.174).

Dans sa thèse de droit sur la « politique musulmane dans l’Afrique occidentale française », soutenue et publiée en 1910, Alain Quellien définit l’islamophobie comme un « préjugé contre l’Islam » : « L’islamophobie – Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mohamétans » ([7]).

Vers la fin des années 1980 et début des années 1990, le terme a commencé à être utilisé, dans les pays anglo-saxons, notamment au Royaume Uni pour désigner le rejet et la discrimination dont sont victimes les musulmans résidant en «Occident» ([10], pp 1-23)

En 1998, Le terme « islamophobie » est utilisé par la commission des Droits de l’Homme à l’ONU

En France, le MRAP utilise le terme islamophobie lors de son colloque de septembre 2003 intitulé : « du Racisme anti-arabe à l’islamophobie ». D’après le MRAP, le terme figure dès octobre 2001 sur le site de l’Observatoire Européen des Phénomènes de Racisme et de Xénophobie (EUMC) de Vienne, et est cité la même année dans le cadre de l’ENAR (European Network Against Racism).

Le Premier Ministre Jean Pierre Raffarin a lui-même repris ce terme dans son allocution à la Grande Mosquée de Paris le 17 octobre 2003.

III. Le Concept « islamophobie » s’impose malgré les critiques.

A partir du début des années 2000, des voix se sont levées pour contester la pertinence du concept de l’islamophobie dans la lutte antiraciste en s’appuyant sur des arguments portant essentiellement sur sa sémantique et son instrumentalisation politique.

En effet, certains ont soutenu la thèse selon laquelle le mot “islamophobie” aurait été forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines Lire la suite


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