Hommage national

Discours du Président de la République / Préfecture de Police, Paris, le 13 janvier 2015

« Lieutenant Ahmed MERABET, au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur.

Lieutenant Franck BRINSOLARO, au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur.

Brigadier Clarissa JEAN-PHILIPPE, au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur.

Nous sommes réunis ce matin, les plus hautes autorités de l’Etat, Président du Sénat, Président de l’Assemblée nationale, gouvernement, tous les corps constitués,

Nous sommes réunis ce matin, madame la maire de Paris, monsieur le Préfet de Police, les responsables de la sécurité de notre pays,

Nous sommes réunis ce matin avec les familles endeuillées, avec les proches,

Nous sommes réunis ce matin, avec mesdames, messieurs les policiers de Paris chargés de notre sécurité,

Nous sommes réunis ce matin dans un lieu qui est depuis le 19 août 1944, le symbole du lien entre la République et la Police. C’est d’ici, de cette cour de la préfecture, que des policiers parisiens ont lancé la semaine glorieuse qui a conduit à la libération de Paris.

Soixante-dix ans après, nous sommes aujourd'hui rassemblés pour rendre hommage à Clarissa JEAN-PHILIPPE, à Ahmed MERABET, à Franck BRINSOLARO, tombés mercredi et jeudi derniers sous les balles des terroristes. Cette femme, ces hommes, étaient des policiers. Ils partageaient une volonté : celle de protéger leurs concitoyens. Ils avaient un idéal, celui de servir la République. Ils sont morts dans l’accomplissement de leur mission avec courage, avec bravoure, avec dignité. Ils sont morts en policiers.

A vous familles, proches, je vous assure que la France tout entière partage votre douleur et votre peine. Clarissa, Franck, Ahmed sont morts pour que nous puissions vivre libres. C’est ce que des centaines de milliers de nos concitoyens ont voulu exprimer en défilant dimanche, partout en France, en se levant en masse pour partager votre chagrin, pour affirmer leur attachement à la liberté, à la démocratie, à la fraternité, pour délivrer un message de gratitude aussi aux forces de l’ordre.

Ils leur ont dit leur reconnaissance et leur fierté en pensant d’abord à ceux qui étaient morts pour la République, à ceux qui avaient été blessés pour la défendre, à ceux qui avaient effectué l’assaut à Dammartin-en-Goële comme Porte de Vincennes à Paris, pour délivrer les otages et pour mettre un terme à cette tuerie qui a fait dix-sept morts en trois jours.

Dimanche dernier, la France a montré sa force face aux fanatiques. Elle a affiché son unité face aux diviseurs. Elle a adressé sa solidarité à l’égard de toutes les victimes du terrorisme : les journalistes de Charlie Hebdo et les employés qui étaient là dans ce lieu mercredi, cette policière municipale assassinée le jeudi, puis ensuite ces victimes dans le magasin Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Toutes ces victimes, toute la France.

Clarissa, Ahmed et Franck, trois fonctionnaires qui représentent la diversité des origines, des parcours, des missions, des forces de sécurité dans notre pays. Trois policiers qui illustrent ce qu’est le professionnalisme, ce qu’est le dévouement, ce qu’est l’attachement aux valeurs qui fondent notre République. 

Ce matin devant vous, devant la France, pour que rien ne puisse être oublié, pour que tout soit constamment rappelé sur ce qu’a été leur sacrifice, le sens-même de leur vie, la signification de leur mort, ils ont été élevés au rang de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur avec citation à l’Ordre de la Nation.

Clarissa JEAN-PHILIPPE était née il y a vingt-six ans en Martinique, à Fort-de-France. Elle avait grandi dans un quartier, le quartier de Derrière-Morne à Sainte-Marie. Elle aimait son quartier, elle aimait son île, elle aimait la France. Elle voulait servir et elle cherchait comment être utile. Très jeune, Clarissa JEAN-PHILIPPE quitte la Martinique pour la métropole.

Elle effectue sa formation à l’école de police de Pantin. Elle y démontre très vite des qualités pour devenir une excellente policière municipale. Elle est impatiente, elle est rayonnante, elle est ardente. Elle a hâte de mettre en pratique, là où on lui dira d’aller, les connaissances qu’elle a acquises à l’école. Elle est recrutée à Montrouge – ses camarades sont là – comme stagiaire. Elle y réussit si bien qu’elle venait d’être titularisée au moment-même où elle a été assassinée.

Sa responsabilité, c’était d’assurer la tranquillité publique de sa ville, à la sortie des écoles, sur les voies de circulation, au contact des jeunes, des familles, des commerçants, des passants. Une policière municipale qui avait à assurer la sécurité de la voie publique, et notamment après un accident de la circulation. C’était jeudi, Clarissa était là. Elle a été lâchement atteinte dans le dos par un projectile de gros calibre tiré par son agresseur.

Comment justifier que l’on puisse tuer lâchement une jeune femme de vingt-six ans, riche de toutes les promesses de la vie, dévouée aux autres ? Comment peut-on comprendre qu’un assassin commette cette abomination ? Quel peut être le mobile d’une telle abjection ? Posons-nous ces questions. Tout simplement, tout cruellement parce que Clarissa portait un uniforme, qu’elle était policière, qu’elle était le symbole de la République. Lire la suite