Organisation du culte musulman
Lire avant : Organisation du culte musulman : Ne pas se tromper de combat ! (1/3) 

Les consultations organisées à diverses occasions, auprès de nombreux imams, aumôniers et fidèles musulmans, ont fait sortir un souhait largement partagé de voir la représentation du culte musulman plus proche des préoccupations des musulmans de France et de leurs attentes. 

Des orientations ont émergées pour une nouvelle organisation du culte musulman et des pistes ont été dressées pour son financement, la formation de ses ministres de culte, de ses gestionnaires et la définition des statuts des imams et des aumôniers. 

Lire aussi : La structure de représentation des musulmans de France doit émerger d’eux-mêmes, de la base
 

En matière d’organisation :

 

La création des conseils départementaux du culte musulman pour plus de proximité et d’efficacité. C’est l’échelon départemental qui pourrait permettre de réelles coopérations entre les acteurs indépendamment de leur affiliation ou non à une fédération. A noter que cette proposition a été largement évoquée et soutenue par les participants des dernières assises territoriales. 

- La création des conseils des imams et aumôniers au niveau local puis au niveau national, au sein desquels le contenu du prêche du vendredi, suivi par près d’un million de musulmans ainsi que l’enseignement religieux dispensé dans les mosquées, les écoles et les instituts musulmans, pourraient faire l’objet d’un travail collégial digne des défis auxquels sont confrontés les musulmans de France. 

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Sur le plan de la formation des cadres religieux :

- La mise en place d’instituts théologiques répondant à une vision commune et bâtissant un socle commun de compétences pour la formation des imams et aumôniers de France. Une meilleure articulation de celle-ci avec la formation profane dispensée dans de nombreuses universités françaises pourrait ouvrir des opportunités en matière de prise en charge pédagogique et financière des étudiants. 

- Définir les différentes missions et titres des cadres religieux et les compétences qui leur sont associées ainsi que leur statut. Le manque de lisibilité et la précarité qui touchent le statut de l’imamat en France, outre qu’elles ne sont pas de nature à susciter les vocations chez les jeunes musulmans, ne permettent pas à ceux qui sont déjà engagés d’accomplir leur mission dans de bonnes conditions.
 

Sur le plan du financement :

 

- Doter le culte musulman de moyens de financement à travers l’acquisition par les associations gestionnaires de lieux de culte, d’immeubles de rapport (waqf). Cette acquisition se fera dans la continuité des efforts consentis par les fidèles pour la construction de leurs mosquées. Elle constituera une source de financement durable et donnera une réelle indépendance au culte musulman vis à vis du financement étranger. 

Nous avons une préférence pour ce mode de financement relativement à la redevance du pèlerinage ou du halal. Celles-ci, pourront être un complément, mais il ne faut pas sous-estimer les difficultés de leur mise en place. 

En effet, leur collecte et leur répartition ne pourront être opérationnelles qu’à la suite d’un travail préalable important sur l’organisation du culte musulman. Sans le soutien des pouvoirs publics, par le biais de l’agrément des sacrificateurs, la collecte de la redevance halal ne pourra pas se mettre en place. Ce soutien serait difficile à obtenir compte tenu du débat récurrent sur l’abattage rituel et le bien être animal. 

La redevance pèlerinage pourrait être plus simple à mettre en place si l’Arabie Saoudite acceptait de coopérer avec les potentiels collecteurs. Cependant, les plus optimistes estiment sa recette à moins de quatre millions d’euros. Cette somme permettrait tout au plus la construction d’une ou deux mosquées de taille moyenne ou l’indemnisation de quelques dizaines d’imams. 

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Déclaration commune historique du pape François

« Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune ».

AVANT-PROPOS

La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Partant de cette valeur transcendante, en diverses rencontres dans une atmosphère de fraternité et d’amitié, nous avons partagé les joies, les tristesses et les problèmes du monde contemporain, au niveau du progrès scientifique et technique, des conquêtes thérapeutiques, de l’époque digitale, des mass media, des communications ; au niveau de la pauvreté, des guerres et des malheurs de nombreux frères et sœurs en diverses parties du monde, à cause de la course aux armements, des injustices sociales, de la corruption, des inégalités, de la dégradation morale, du terrorisme, de la discrimination, de l’extrémisme et de tant d’autres motifs.

De ces échanges fraternels et sincères, que nous avons eus, et de la rencontre pleine d’espérance en un avenir lumineux pour tous les êtres humains, est née l’idée de ce « Document sur la Fraternité humaine ». Un document raisonné avec sincérité et sérieux pour être une déclaration commune de bonne et loyale volonté ,destinée à inviter toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble, afin que ce Document devienne un guide pour les nouvelles générations envers la culture du respect réciproque, dans la compréhension de la grande grâce divine qui rend frères tous les êtres humains.

DOCUMENT

Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.

Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela, Al-Azhar al-Sharif – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Eglise catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère.

Nous – croyants en Dieu, dans la rencontre finale avec Lui et dans Son Jugement –, partant de notre responsabilité religieuse et morale, et par ce Document, nous demandons à nous- mêmes et aux Leaders du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout.

Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants.

Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science, de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés, nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité. Tout cela contribue à répandre un sentiment général de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique, ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective.

L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel ; situations dont on ne connaît pas avec précision combien de victimes, de veuves et d’orphelins elles ont générés. En outre, il y a d’autres régions qui se préparent à devenir le théâtre de nouveaux conflits, où naissent des foyers de tension et s’accumulent des armes et des munitions, dans une situation mondiale dominée par l’incertitude, par la déception et par la peur de l’avenir et contrôlée par des intérêts économiques aveugles.

Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques, l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles – dont bénéficie seulement une minorité de riches, au détriment de la majorité des peuples de la terre – ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantité de malades, de personnes dans le besoin et de morts, causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent. A l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains – en raison de la pauvreté et de la faim –, règne un silence international inacceptable.

Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle, en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité, pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale. Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque.

Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations, par l’éducation saine et l’adhésion aux valeurs morales et aux justes enseignements religieux, pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes, conflictuelles, au radicalisme et à l’extrémisme aveugle sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu, de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne, qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine et nous a accordé le don de la vie pour le préserver. Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à son gré; au contraire, tous doivent préserver ce don de la vie depuis son commencement jusqu’à sa mort naturelle. C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela.

De même nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens.

Ce Document, en accord avec les précédents Documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit :

  • La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune ; à rétablir la sagesse, la justice et la charité et à réveiller le sens de la religiosité chez les jeunes, pour défendre les nouvelles générations de la domination de la pensée matérialiste, du danger des politiques de l’avidité du profit effréné et de l’indifférence, basée sur la loi de la force et non sur la force de la loi.
  • La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.
  • La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain.
  • Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.
  • Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes, et à investir cela dans la diffusion des plus hautes vertus morales, réclamées par les religions ; il consiste aussi à éviter les discussions inutiles.
  • La protection des lieux de culte – temples, églises et mosquées – est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales. Toute tentative d’attaquer les lieux de culte ou de les menacer par des attentats, des explosions ou des démolitions est une déviation des enseignements des religions, ainsi qu’une claire violation du droit international.
  • Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes, aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion – même si les terroristes l’instrumentalisent – mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ; pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.
  • Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant.
  • La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ; et il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident, en évitant l’usage de la politique de la double mesure.
  • C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques. En outre, on doit travailler à la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa foi et de sa dignité. Il est aussi nécessaire de la protéger de l’exploitation sexuelle et du fait de la traiter comme une marchandise ou un moyen de plaisir ou de profit économique. Pour cela, on doit cesser toutes les pratiques inhumaines et les coutumes courantes qui humilient la dignité de la femme et travailler à modifier les lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits.
  • La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société. Ces droits doivent être garantis et préservés, afin qu’ils ne manquent pas ni ne soient refusés à aucun enfant, en aucun endroit du monde. Il faut condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants et leurs droits. Il est aussi important de veiller aux dangers auxquels ils sont exposés – spécialement dans le domaine digital – et de considérer comme un crime le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance.
  • La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale qui doit être garantie et protégée par des législations rigoureuses et l’application des conventions internationales à cet égard.

A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

En conclusion nous souhaitons que :

cette Déclaration soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;

soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;

soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie.

Abou Dhabi, le 4 février 2019

Sa Sainteté Grand Imam d’Al-Azhar 

Pape François Ahmad Al-Tayyib

Organisation du culte musulman
Les musulmans de France observent avec effroi les disputes du « leadership » de la représentation du culte musulman de France. Un sentiment d’inquiétude et d’incompréhension se cristallise de plus en plus, devant les amalgames qui rongent la volonté d’une structuration apaisée du culte musulman en France. 

Cette inquiétude s’exprime également au sujet du débat qui s’annonce sur la laïcité et sur d’éventuelles modifications de la loi 1905. 

Il est reproché aux responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM) : 

- Leur division et leurs liens avec des pays étrangers, deux facteurs qui les rendraient incapables de mettre en œuvre des projets communs propres à favoriser le progrès et le rayonnement du culte musulman en France ; 

- De ne pas avoir développé la formation des ministres du culte et des cadres religieux pour assurer l’indépendance de l’islam de France en matière d’imams et d’encadrement de la jeunesse et d’immuniser celle-ci face aux idées et discours extrémistes. 

Ces reproches doivent être entendus analysés et pris en compte sans jamais se tromper de combat ! Cette tribune vise à en tirer quelques leçons, attirer l’attention sur la responsabilité collective face aux défis présents et à venir.
 

S’agissant de la division des responsables musulmans :
 
Incontestablement, les enjeux surdimensionnés et exagérés de la représentation du culte musulman ont donné lieu à des tractations interminables sur la composition des différentes instances du CFCM, aux dépens parfois, il faut le reconnaitre, des objectifs que cette institution s’était assignés et notamment : défendre les intérêts et la dignité du culte musulman en France. 

Le respect de l’autonomie des fédérations et des associations gestionnaires des lieux de culte que rappelle le CFCM dans ses statuts s’est traduit progressivement par l’éloignement entre ses composantes et un manque de mutualisation de leurs moyens. Le CFCM s’est réduit en un espace de dialogue entre certaines fédérations sans réelle volonté de faire ensemble. 

Lire aussi : Au congrès du CFCM, les fédérations musulmanes s'efforcent à faire valoir leur légitimité auprès de l'Etat 

De nombreux observateurs estiment le fait que plus de la moitié du conseil d’administration soit non élue et désignée par certaines fédérations ne permet pas de faire émerger de nouvelles compétences. En effet, après 15 ans d’existence, la composition du bureau exécutif du CFCM de 2003 est restée quasiment inchangée. 

De fait, de nouvelles initiatives pour investir le champ de l’organisation et du financement du culte musulman commencent à prendre forme en dehors du CFCM. Ce dernier, voulant empêcher ces initiatives et faire valoir son statut d’interlocuteur unique des pouvoirs publics a donné l’occasion à ses détracteurs de le taxer d’être devenue une chasse gardée et une tribune réservée aux responsables de certaines fédérations. 

Bien que les questions de l’organisation et de la représentation du culte musulman aient leur importance sur la vie religieuse des musulmans de France, elles ne doivent pas nous faire oublier que l’essentiel est ailleurs.
 
Organisation du culte musulman 2
 
L'extrémisme, le véritable danger pour nous tous
 
L’extrémisme pourrait saper tout les efforts d’organisation et du financement du culte musulman si les responsables de ce dernier se trompent de combat. 

En effet, notre attention première doit être portée sur les valeurs et les principes que nous devons défendre ensemble non seulement dans l’intérêt de la composante musulmane de France mais également dans l’intérêt de notre pays et de nos concitoyens. 

Les musulmans de France partagent les mêmes valeurs et les mêmes principes universels qui animent leurs concitoyens et qui constituent le ciment de notre cohésion sociale. Ces principes et ces valeurs permettent aux musulmans de France comme à tous nos concitoyens de vivre leur foi dans la paix et de pratiquer leur culte dans le respect. 

Des égarés, au nom d’une conception dévoyée de la religion musulmane et de ses principes, usent de la criminalité pour servir l’idéologie de la ségrégation et de la haine de l’autre. Des jeunes se disant musulmans ont succombé à cette idéologie de terreur et ont commis des crimes abjects rejetés et condamnés par l’ensemble des musulmans. 
 
Lire aussi : Du danger de l'extrémisme : ce que le Coran nous enseigne 

Aussi, au nom de la défense d’une prétendue identité française menacée, une frange minoritaire parmi nos concitoyens est animée par des idées xénophobes à l’égard de l’islam et des musulmans. Elle veut rendre tous les musulmans de France ainsi que leur religion responsables et coupables des crimes terroristes. 

Ces deux extrêmes se nourrissent l’un de l’autre et alimentent des sentiments de peur et d’inquiétude chez une partie non négligeable de nos concitoyens. Elles pourraient menacer l’unité et la cohésion de notre pays si rien n’est fait pour les empêcher de prospérer. 

Une expression minoritaire, sans verser dans le crime et la terreur, a choisi de promouvoir une conception de la foi qui exclut et une pratique religieuse hors contexte qui heurte et suscite l’incompréhension et la peur. Sans sagesse, elle pourrait conditionner ceux qui l’empruntent et en faire des réceptacles d’idées plus extrémistes et plus néfastes. 

Dès lors, nous devons être conscients que ces groupuscules sont le véritable danger pour nous tous.Nous devons concentrer nos efforts et nos énergies à œuvrer collectivement et prioritairement pour les mettre hors d’état de nuire.
 

Pour un nouveau regard sur les nouvelles initiatives autour de la représentation et du financement du culte musulman

 

Les porteurs de ces initiatives peuvent être des concurrents dans la course vers la représentation du culte musulman. Ils peuvent prétendre à faire mieux que le CFCM dans certains domaines où ce dernier a échoué. Ils peuvent également contester au CFCM l’exclusivité de la représentation du culte musulman. 


Cependant, ils n’ont cessé de déclarer vouloir impliquer de nouveaux moyens et de nouveaux acteurs pour promouvoir une pratique religieuse ouverte et respectueuses des convictions de chacun, faire reculer l’extrémisme et répondre aux nombreuses attentes des musulmans de France. 

Les extrémistes, quant à eux, dénient aux membres du CFCM, aux porteurs de ces nouvelles initiatives et à l’immense majorité des musulmans, leur foi et les considèrent au mieux comme des ignorants, au pire des traîtres au service des officines obscures ! 

En somme, le différend que pourrait avoir le CFCM avec les porteurs de ces nouvelles initiatives pour l’organisation et le financement du culte musulman n’est certainement pas du même ordre ni de la même nature que celui qui l’oppose aux promoteurs des idéologies extrémistes. Avec les premiers, les principes sont partagés et la volonté de servir le culte musulman est commune. C’est la délimitation du périmètre d’action de chacun qu’il faudrait préciser. Avec les extrémistes, c’est autre chose. 

Les nouvelles initiatives, avec les dynamiques qu’elles créent, pourraient ouvrir des perspectives que le CFCM n’a pas pu ou n’a pas su explorer. La lutte contre l’extrémisme et la promotion des valeurs communes qui fondent notre pacte républicain concernent tous les Français et non, seulement, les gestionnaires des mosquées ! 

En ces moments cruciaux, les forces vives de notre pays doivent chercher l’unité dans la complémentarité, regarder les priorités avec lucidité et surtout ne pas se tromper de combat. 

***** 
Mohammed Moussaoui est président de l'Union des mosquées de France (UMF). 

Source : https://www.saphirnews.com/Organisation-du-culte-musulman-Ne-pas-se-tromper-de-combat--1-3_a25974.html

 

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