N’ajoutons pas à la douleur des familles

Le nombre de victimes de la pandémie de coronavirus ne cesse d’augmenter, laissant de nombreuses familles face à la douleur du deuil et à l’éventualité de ne pas pouvoir inhumer leurs défunts dans le respect de leurs rites. Aujourd’hui, nous nous trouvons face à une crise grave qui appelle une intervention urgente des pouvoirs publics.

Lors d’une audioconférence le 23 mars 2020, le CFCM avait demandé solennellement au Président de la République, M. Emmanuel Macron, la création de nouveaux espaces d'inhumation. Cette démarche a été unanimement appuyée par les représentants des autres cultes de France.

Depuis, le CFCM a alerté le Premier Ministre, M. Edouard Philippe, le Ministre de l’intérieur, M. Christophe Castaner, le Président du Sénat, M. Gérard Larcher et le Président de l’association des Maires de France, M. François Baroin, sur l’aggravation de la situation.  

Chaque fois qu’une difficulté lui a été signalée, le CFCM a systématiquement saisi le Maire de la commune concernée pour trouver des solutions. Cependant, force est de constater que certaines de ces solutions tardent à venir, plongeant les familles dans l’angoisse, l’inquiétude et l’incompréhension.

Aussi, en cette période historique que nous traversons, nous demandons solennellement aux Maires de France qu’ils prennent leurs responsabilités face à la souffrance et à la douleur de ces familles qui ont perdu un être cher et qui se trouvent en grande difficulté pour inhumer leurs défunts.

Par ailleurs, le CFCM appelle instamment les familles endeuillées, rencontrant des difficultés à trouver des places d’inhumation pour leurs défunts ainsi que les associations locales, les pompes funèbres et les aumôniers à saisir immédiatement le CRCM de leur région ainsi que le CFCM via sa plateforme d’assistance téléphonique au 01 45 23 81 39 (Ligne directe,7j/7, 24h/24) ou au

0800 130 000 (Numéro vert National), et aussi par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Par le passé, notre pays a affronté des situations exceptionnelles et il en est sorti grandi par les décisions qu’il a prises. En ces temps difficiles, n’ajoutons pas à la douleur des familles, la souffrance de ne pas pouvoir honorer leurs morts.

Paris, le 13 avril 2020

Mohammed MOUSSAOUI

Président du CFCM

Mise en point Martyr

Dans un article publié dans le magazine « Valeurs actuelles » du 10 avril 2020, son auteur qui ne veut voir dans le concept « martyr » que l’équivalent de « kamikaze » s’est élevé contre cette référence du CFCM en la qualifiant « de rhétorique dangereuse pour l’ordre public ». Il prétend qu’«Il faut s’attendre à ce que des éléments extrémistes, certes marginaux, s’efforcent de propager le virus autour d’eux en enfreignant les règles de confinement ». Son « argumentaire », qui n’en est pas un, comporte de graves accusations aussi choquantes qu’absurdes qu’il n’est pas utile de lister dans cette mise au point qui se veut synthétique.  

Dans cet article de « Valeurs actuelles », il est fait référence à un des avis du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) où il est rappelé que les malades qui décèdent des suites d’une pandémie sont élevés au rang de « martyr ». 

Pour préserver la vie du personnel funéraire et soignant, le CFCM avait demandé dans cet Avis la suspension de la toilette mortuaire des défunts en conformité avec les principes et les fondements de la religion musulmane.

Le terme « martyr » est la traduction choisie pour le mot arabe « chahid » dont la racine vient du verbe « Chahida » qui veut dire témoigner. En effet, ce terme qui vient du grec ancien « màrtus » qui veut dire témoin, a pris une place importante dans la terminologie de la foi chrétienne et dans de nombreuses traditions religieuses et convictions philosophiques. Dans la tradition musulmane, « chahid » est synonyme de témoin pour une cause juste et noble allant jusqu’au sacrifice ultime pour sauver la vie des autres.

Oui, le martyr n’est pas un concept péjoratif. Il n’a jamais été le synonyme de Kamikaze ou de terroriste. Ceux qui prétendent rechercher le rang de « martyr » en causant la mort d’innocents ne sont que d’abjects criminels. Leur mort, loin d’être l’expression d’un pseudo-sacrifice ultime n’est qu’une abomination pour l'humanité. Les vrais martyrs, dont nous chérirons la mémoire, sont ceux qui œuvrent inlassablement pour qu’après eux la vie continue.

De nombreuses traditions orales du prophète Muhammad (PBSL) évoque le rang et la récompense du « martyr » dans différents contextes. Ici nous souhaitons revenir sur quelques unes de ces traditions choisies parmi celles jugées authentiques (sahih) par les traditionnistes les plus connus et les plus respectés tel que l’imam El Boukhari. À ce titre deux traditions peuvent être citées et analysées.

La première : « Toute personne, en période de pandémie, qui reste confiné chez-lui, en étant patient, en se remettant avec confiance à Dieu et en ayant la certitude que rien ne l’atteindra en dehors de la volonté de Dieu, aura la récompense de martyr (chahid)» (Recueil d’El Boukhari n° 3287).

Cette tradition est souvent invoquée pour inciter les gens à rester chez eux et à empêcher le mouvement des populations entre les lieux touchés par la pandémie et ceux qui en sont encore à l’abri. Elle vient souvent en complément de cette autre tradition : « Si vous apprenez que la pandémie a touché un lieu n‘y allez pas.  Si vous êtes dans un lieu touché par la pandémie ne le quittez pas » (Recueil d’El Boukhari n° 5396).

La deuxième : Le Prophète Muhammad (PBSL) a assisté au décès de l’un de ses compagnons. La fille de celui-ci informa le prophète que son père se préparait à participer à l’effort de guerre et souhaitait être parmi les « martyrs ». Le prophète dit : « Dieu donne à chacun selon son intention. Qui considérez-vous comme martyr ? Ils répondirent : celui qui tombe dans le champ de bataille. Le prophète Muhammad (PBSL) leur dit : Le rang de martyr est accordé à sept autres que celui qui se fait tuer dans le sentier de Dieu, et de citer celui qui décède dans une pandémie, dans une noyade, dans un incendie, dans l’effondrement d’une habitation, la femme suite à un accouchement difficile, … » (Sunan d’Abou Daoud n° 3111).

Au moment où la notion de martyr est sujet de perversion abjecte et de détournement à des fins criminelles par des terroristes et adeptes de la mort, il convient de rappeler avec force que cette notion de « martyr » a toujours été synonyme de sauvegarde de la vie sous toutes ses formes, si bien que le coran en parle dans ces termes « Ô croyants ! Cherchez du réconfort dans la patience et la prière ! Dieu est, en vérité, avec ceux qui savent s'armer de patience. Ne dites pas de ceux qui sont tombés au service de Dieu qu'ils sont morts, car ils sont bien vivants, mais vous n'en avez pas conscience » (Coran 2 : 153-154).

C’est exactement ce sens qui ressort de toutes les traditions prophétiques que nous avons rappelées. En effet les deux premières appellent les croyants à rester chez-eux pour sauver leur vie et celle des autres en limitant la propagation de la pandémie. Aujourd’hui, toutes les autorités sanitaires mondiales considèrent le confinement comme l’un des moyens les plus utiles dans la lutte contre les pandémies et pour la sauvegarde des vies.

Par la deuxième tradition, le prophète Muhammad (PBSL) a voulu attirer l’attention sur d’autres formes d’abnégation et de sacrifice que celle qui s’exprime dans les guerres entre les hommes.

Le premier cas (pandémie) évoque celui des victimes des pandémies. Il englobe les malades endurants malgré leur souffrance et leur douleur, et le personnel soignant. Ces femmes et ces hommes, qui se sacrifient jour et nuit pour sauver des vies, sont les témoins d’une abnégation qui honore l'humanité.  La société leur est redevable à tout jamais.

Le second cas (noyade) doit nous faire penser à ces femmes et ces hommes qui sont à l’œuvre pour sauver d’autres au risque d’être eux- mêmes emporter par les eaux. Ceux-là aussi, nous leur devons respect, reconnaissance et gratitude.

Le troisième cas (incendie) doit nous rappeler ces femmes et ces hommes, soldats du feu, qui ont perdu leur vie en voulant sauver des flemmes des humains, des animaux et des forêts ou des champs de récole. Ces soldats ont cherché à sauvegarder la vie sous toutes ses formes en risquant de rencontrer la mort mais sans jamais la chercher.

Le quatrième cas (effondrement d’habitation) nous rappelle ces femmes et ces hommes qui s’introduisent dans les ruines de tremblements de terre pour sauver les ensevelis sous les décombres. Ils le font au risque de leur vie. L’attitude de ces vaillants et valeureux personnes force le respect de tous. 

Le cinquième cas, de la femme qui meurt en accouchant, doit nous rappeler la grandeur de nos mères et leur sacrifice. Aux oublieux qui osent mettre la main sur une femme, la violenter ou l’agresser, le prophète Muhammad (PBSL) rappelle que celles qui prolongent la vie de l’humanité jour après jour ne le font pas sans sacrifice.

Alors que notre pays traverse une période très difficile, il est regrettable de voir certains entretenir la confusion. Chaque mot compte, soyons vigilants.

Mohammed Moussaoui, président du CFCM

COMMUNIQUÉ

La période de confinement en vigueur dans notre pays a été prolongée jusqu’au 15 avril 2020. Cette date sera réévaluée en fonction de l’évolution de la pandémie. Par conséquent, de nombreuses activités religieuses ayant lieu normalement dans les mosquées, fermées jusqu’à nouvel ordre, sont suspendues.

Parmi ces activités, il y a les prières de Tarawih et la psalmodie du Saint Coran pendant le mois de Ramadan. Celles-ci sont assurées généralement grâce au concours des imams et psalmodieurs venus de nombreux pays comme l’Algérie, le Maroc et la Turquie.

Comme il était déjà prévisible avec l’entrée en vigueur de la mesure de confinement et la suspension des vols entre la France et de nombreux pays, ces imams étrangers ne viendront pas en France cette année. Il appartient aux responsables musulmans de mettre en place des solutions alternatives tenant compte de l’impossibilité de rassemblement physique dans les mosquées.

Au moment où nous constatons collectivement l’impact de notre dépendance de l’étranger dans certains secteurs vitaux pour notre pays, cette épreuve doit aussi nous amener à réfléchir sérieusement sur notre autonomie en matière de cadres religieux. Acquérir cette autonomie n’est plus une option, elle est aujourd’hui plus que jamais une nécessité. 

Paris, le 3 avril 2020

Mohammed MOUSSAOUI

Président du CFCM

Mise au point sur les allégations

Au moment où notre pays a besoin plus que jamais de son unité et de sa cohésion, la présidente du Rassemblement National, s’est livrée sans recul à une campagne politico-politicienne aussi absurde qu’incompréhensible contre les musulmans de France.

Dans une lettre ouverte au ministre de l’intérieur, M. Christophe Castaner, sous prétexte de dénonciation d’appels à la prière, alors même que toutes les mosquées de France ont été fermées avant le 15 mars 2020, elle prétend que des mosquées profiteraient "de l’accaparement des forces de sécurité pour faire retentir dans l’espace public par haut-parleurs l’appel du muezzin à la prière islamique". Dans sa lettre, les exemples de Lyon et de Valentigney (Doubs) sont mis en avant.

Le CFCM tient à apporter quelques précisions pour éclairer l’opinion publique sur la réalité des faits.

S’agissant de Lyon, il convient de rappeler qu’une réunion interreligieuse à l’occasion de la fête de l’annonciation qui célèbre la Vierge Marie, figure commune aux traditions chrétienne et musulmane, était programmée pour le 25 mars 2020 dans la grande mosquée de Lyon. De son côté, la conférence des évêques de France a fait savoir que toutes les cloches des églises de France allaient sonner pendant 10 minutes, le 25 mars 2020 vers 19h30, en "solidarité avec notre Nation toute entière".

La rencontre prévue à la grande mosquée de Lyon n’ayant plus eu lieu, mesure de confinement oblige, la grande mosquée de Lyon s’est associée à cette expression de solidarité des églises de Lyon en ayant recours à l’équivalent du glas à savoir le Adhan. À préciser que 19h30 ne correspond à aucune heure de prière musulmane et que l’appel lui-même se terminait par la séquence « priez chez-vous » !

Les quelques exemples similaires qui ont pu exister dans certaines villes, qui se comptent sur les doigts d’une main, rentrent dans ce cadre de solidarité interreligieuse avec la Nation.

Le cas de Valentigney est très révélateur de l’instrumentalisation que la présidente du RN en fait. La vidéo qu’elle y signale, dont le son venait de l’intérieur d’un appartement privé, a été tournée depuis un étage d'une tour qui n’avait rien avec la mosquée de Valentigney. Le Maire de la ville, Philippe Gautier s’est d’ailleurs insurgé contre cette instrumentalisation « il n'y a pas eu d'appel à la prière, dans aucune des deux mosquées de ma cité… Il faut savoir raison garder et ne pas mettre d'huile sur le feu. Rajouter du chaos au chaos, c'est de l'inconscience ».

Au-delà de ces éléments d’information qui montrent la réalité de cet emballement de la présidente du RN, il convient de rappeler que les citoyens de confession musulmane comme tous leurs concitoyens, se sont mobilisés partout en France pour apporter leur contribution à l’effort national face à la pandémie qui ne fait aucune distinction entre les Français.

Lors de la réunion du CFCM du 01 avril 2020, la question de ces appels a été évoquée. Tout en saluant la bonne intention des responsables des mosquées qui se sont spontanément joints à l’expression de solidarité interreligieuse pour la Nation, le CFCM a appelé les responsables concernés à la vigilance contre toute instrumentalisation de cette expression par les groupuscules identitaires.

En cette période difficile que traverse notre pays, le CFCM réitère son appel aux musulmans de France de trouver les moyens d’expression solidaire les plus consensuels pour barrer la route aux adeptes de la haine et de la division. Le contexte actuel ne laisse pas de place aux débats sereins.    

Paris, le 6 avril 2020

Mohammed MOUSSAOUI

Président du CFCM

Malgré le confinement

A l’approche du mois béni de Ramadhan, le bureau du CFCM, réuni en visioconférence, mercredi 1 avril 2020, s’est penché sur les préparatifs du mois de Ramadan et de la fête de l’Aïd El fitr avec l’éventualité du prolongement de la période de confinement.

Compte tenu de la symbolique de l’annonce du début de Ramadan, celle-ci se fera le 23 avril 2020, exceptionnellement et dans la mesure du possible en « mode physique » à la mosquée de Paris, par le bureau du CFCM, dans le respect des règles de confinement et des gestes barrières en vigueur.  La date du 24 avril 2020, prévisible pour le début de Ramadan 1441 par le calcul astronomique, sera très probablement confirmée par l’observation de la nouvelle lune.

Dans la perspective d’une prolongation de la fermeture des mosquées pendant tout ou une partie du mois de Ramadan, le CFCM appelle les responsables musulmans et les imams à user de tous les moyens en leur disposition pour assurer la continuité du relationnel avec les fidèles, notamment les plus fragiles d’enter eux et de faire en sorte que l’esprit du partage de ce mois béni puisse s’exprimer davantage en cette période de confinement.     

Pour les repas de rupture du jeûne, moments forts de partage avec les plus démunis qui ne peuvent plus être organisés dans leurs formats habituels, il est recommandé de se rapprocher des associations caritatives et humanitaires ainsi que toutes les forces vives de notre pays afin d’apporter toute notre contribution à l’effort national en direction des plus démunis.

L’aumône de Zakât El Fitr doit être versée exclusivement aux pauvres. Son versement doit intervenir avant la prière de l’Aïd El Fitr. Elle peut être payée plusieurs jours avant le jour de l’Aïd El Fitr afin de faciliter son acheminement et sa redistribution. Le montant de Zakât El Fitr pour cette année est fixée à 7 euros par personne à charge. (Voir l’annexe ci-joint pour d’autres précisions au sujet de cette aumône).

Après la mise en place de la plateforme d’assistance psychologique et spirituel des malades et les familles des défunts avec le numéro direct 01 45 238 139, désormais opérationnelle 7j/7 et 24h/24, la situation des détenus dans les prisons en cette période de confinement, rendant les visites physiques des aumôniers quasiment impossibles, a été également étudiée. L’idée d’une plateforme dédiée aux détenus est proposée. Compte tenu des particularités du cadre carcéral, sa mise en place fait l’objet de discussion avec la Direction de l’Administration Pénitentiaire. Cette discussion concerne également la distribution des colis alimentaires pour les détenus pendant le mois de Ramadan.

Après avoir passé en revu, les différentes expressions de solidarité avec le personnel soignant et des forces de sécurité, le bureau du CFCM appelle les institutions musulmanes à prendre contact avec les services appropriés des établissements de santé et de sécurité pour convenir avec eux de la forme de solidarité la plus adaptée au contexte de pandémie.     

Par ailleurs, le bureau du CFCM continue l’élaboration de son plan d’action pour les mois et années à venir. Un document de travail soumis au bureau par le président du CFCM, portant notamment sur les réformes du CFCM et son organisation territoriale, la formation des imams et aumôniers et le financement du CFCM fait l’objet d’étude et d’amendement par les différentes composantes.  

Enfin, le CFCM réitère son appel afin que nous soyons moins isolés et très solidaires les uns avec les autres tout en respectant les règles de confinement et de distanciation sociale.  

Paris le 2 avril 2020

Mohammed MOUSSAOUI

Président du CFCM