ITW VOILE ISLAMIQUE DE MOHAMMED MOUSSAOUI

Mohammed Moussaoui a été président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) pendant plusieurs années. Il est également président de l’Union des Mosquées de France (UMF). Ce Docteur agrégé en mathématiques, enseignant chercheur à l’Université d’Avignon, est également formé en théologie et sciences islamiques. Il ne partage pas l’avis du CFCM publié le 29 octobre, notamment sur la question du port du voile

Dans un communiqué de l’Union des Mosquées de France du 30 octobre vous soutenez, contre le CFCM, que « le port du voile est une pratique religieuse qui ne fait pas partie des fondements de la foi musulmane ». Le voile ne serait donc qu’une « pratique » et non une « prescription religieuse ». Qui a tort ? Qui a raison ?

Je pense qu’il ne faut pas opposer « prescription religieuse » à « pratique religieuse ». Le port d’un couvre-chef est une pratique religieuse commune aux trois religions monothéistes avec des nuances quant à ses finalités et ses modalités. Cette pratique émane d’un précepte religieux (issu de textes et de traditions) synonyme de prescription. Mais une pratique religieuse, quelle qu’elle soit, peut avoir un caractère obligatoire ou être simplement recommandée. En l’occurrence, le vêtement prescrit aux femmes musulmanes est évoqué dans les textes comme un moyen de protection et de pudeur et non pas comme un symbole identitaire. Les termes arabes qu’utilise le coran sont « Khimar » et « Jilbab » (Coran 24 :30-31 et Coran 33 :59). Quant à la tradition orale du prophète Muhammad (PBSL), elle appelle les femmes à couvrir leur corps à l’exception des mains et du visage. Toutefois, cette tradition a trouvé divers déclinaisons à travers le temps et l’espace et selon les us et coutumes des différents peuples et contrées.  Quant au terme « voile », il serait associé au mot coranique « Hijab » et renvoie plutôt à ce qui séparait les épouses du prophète Muhammad (PBSL) des hommes qui venaient les consulter sur des questions personnelles. Enfin l’expression « port du voile » pour indiquer le couvre-chef - bien qu’il soit un abus de langage comme je viens de rappeler - est largement acceptée. 

Mais vous estimez que la formulation, adoptée par le CFCM, serait « dangereuse » car elle laisserait entendre, écrivez-vous, que « ‘ne pas porter le voile’ conduirait les femmes à ‘sortir de la communauté des croyants’ ».  Serait-ce donc une mesure d’exclusion potentielle pour les femmes musulmanes qui ne porteraient pas le voile ?

La formulation du CFCM : « Le port du voile est une prescription religieuse, mais celles qui ont décidé de s’en affranchir ne sont pas moins musulmanes et restent dans la communauté des croyants. » est dangereuse parce qu’elle lie le fait de « ne pas porter le voile » au fait de « sortir de la communauté des croyants ». Certes, le communiqué du CFCM soutient que le premier point n’entraine pas le second mais établir un tel lien n’a pas lieu d’être. Et ce, d’autant que jamais aucun savant musulman ne l’a encore fait. Le port du voile est donc une pratique religieuse qui ne fait pas partie des fondements de la foi musulmane. Il faut rappeler que cette pratique ne figure pas dans ce qui est communément connu comme les cinq piliers de l’islam :  l’attestation de la foi, la prière, la zakat (l’aumône légale), le jeûne et le pèlerinage pour ceux qui en ont les moyens. 

 Est-ce que cette motion irait jusqu’à dire que les femmes ne portant pas le voile seraient tout juste tolérées sous entendant que la voie normale pour une femme musulmane serait de toujours porter le voile ?

La motion dit que celles qui ne portent pas le voile ne sont pas moins musulmanes. Mais je demande : que signifie être « moins » musulmane ?! Cette formulation laisse entendre qu’il est possible de juger le niveau d’islamité ou de religiosité d’une personne. C’est cette approche radicale qu’il faut combattre fermement. Le CFCM voulait probablement le sous-entendre mais sa formulation était clairement malheureuse. Il faut rappeler sans cesse que la pratique religieuse, quelle qu’elle soit, diffère d’un individu à l’autre et personne n’a le pouvoir, ni le droit de juger de la pratique des uns et des autres, ou de la stigmatiser.

Voyez-vous là une dérive du Conseil Français du Culte Musulman atteignant la liberté fondamentale des femmes musulmanes ?

Contrairement à ce que laisserait entendre le communiqué du CFCM, je tiens à préciser qu’aucun membre de l’Union des Mosquées de France (UMF) que je préside n’a été invité à la réunion du mardi 29 octobre 2019 qui a rédigé ces dix propositions issues du « conseil religieux » du CFCM.  Je ne suis donc pas en mesure d’évaluer ce qui s’y est réellement passé.  Je dois également rappeler qu’après l’annonce de la création du « conseil religieux » en 2016, l’UMF avait demandé la mise en place d’un groupe de réflexion pour définir les profils des membres de ce conseil, sa composition, sa mission et son mode de fonctionnement. Malheureusement, notre demande n’a pas été entendue. Chacun peut constater qu’à ce jour la composition de ce « Conseil religieux » est inconnue et qu’aucun avis n’est à mettre à son actif.  Globalement, le religieux doit rappeler les textes avec leur lecture authentique et contextualisée, accompagner les personnes qui le désirent dans leur cheminement spirituel, respecter leur liberté, reconnaître leur capacité à assumer leur responsabilité face à leurs devoirs et s’abstenir de les juger ou de les cataloguer.

Mais pourquoi le CFCM qui a toujours été très prudent sur la question du voile, durcit subitement son discours sur ce point ?

La réunion du CFCM est intervenue à un moment tendu, marqué par nombre de déclarations de responsables politiques sur la question du voile. La première phrase du communiqué du CFCM fait d’ailleurs état de ce contexte en évoquant « l’hystérie islamophobe agressive, voire criminelle ». N’oublions pas, non plus, que la veille de cette réunion, la mosquée de Bayonne a été victime d’une attaque avec un engin incendiaire et des tirs d’armes à feu faisant deux blessés graves âgés de 74 et 78 ans. Le CFCM a sans doute voulu exprimer une colère face à ce climat délétère et anxiogène. Même si elle n'est pas sans raison, la colère est rarement bonne conseillère. 

Mais pourquoi cet organisme à qui le président de la République a demandé lundi 28 octobre de lutter contre la radicalisation, présente, mardi 29 octobre, des propositions dont l’une, sur le voile, semble effectivement ouvrir la voie de la radicalisation ? Est-ce une provocation ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que son avis sur le voile ouvre la voie à la radicalisation, ni qu’il ait voulu provoquer. Mais, en voulant rappeler le statut du port du voile, le CFCM, par sa formulation, n’a pas su repousser l’attitude radicale consistant à juger celles qui ne le portent pas. 

Pourquoi, depuis l’affaire de Creil, certaines mouvances de l’islam de France ont toujours poussé la question du voile comme un symbole islamique quasi politique ? Est-ce pour affirmer à la longue, la présence visible de l’islam contre la neutralité de la laïcité ?

Des expressions identitaires et politiques s’appuyant sur des pratiques religieuses comme « le port du voile » peuvent se servir de l’espace public pour s’affirmer. Ces expressions qui sont nuisibles d’abord à l’islam et aux musulmans ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens et à favoriser l’entente et la concorde dans notre pays. Elles peuvent également servir de prétexte à une expression, tout aussi extrême, pour interdire toute forme de visibilité de l’islam dans l’espace public. Evidemment, le principe de neutralité de la laïcité ne prône pas ce type d’interdiction. Il nous faut donc combattre fermement ces deux formes d’extrémisme qui se nourrissent mutuellement et empoisonnent notre vie collective.

Que pensez-vous du vote du Sénat visant à interdire le port du voile lors des accompagnements scolaires ?

J’entends les arguments de ceux qui ont proposé et voté cette loi. Ils considèrent les accompagnatrices comme agents investis d’une mission de service public en contact avec des enfants et veulent prémunir ces derniers du prosélytisme religieux. Le conseil d’état, dans ses avis confirmés à plusieurs reprises, considère que « le port du foulard ne constitue pas, par lui-même, en l’absence de toute autre circonstance, un acte de pression ou de prosélytisme ». Juridiquement, ces mamans accompagnatrices ne peuvent pas être assimilées à des agents de la fonction publique. De ce fait, elles ne sont pas soumises à l’obligation de neutralité. 

Cette loi, votée en première lecture au sénat par 163 contre 114 voix, n’a aucune chance d’aboutir tant le gouvernement et les députés de la majorité s’y opposent fermement. Le ministre de l’Education nationale considère que cette loi non nécessaire serait « contre-productive parce qu'elle enverrait un message brouillé aux familles ». Elle se heurte également au principe de laïcité. 

Mais quelle serait la juste voie, selon vous, pour régler cette question du voile dans l’espace public français ?

Aux arguments du député Chabert qui proposait une loi interdisant le port de la soutane dans l’espace public, Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905, avait répondu:
« Au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi (de 1905) au sujet du costume ecclésiastique qui paraît le préoccuper si fort, n’a pas été le résultat d’une omission mais bien celui d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements ». 

Vouloir enfermer toute expression de la liberté religieuse dans la stricte sphère intime serait donc contraire à la loi de 1905 et renforcerait le sentiment d’exclusion et doperait les rangs des radicaux. L’arsenal juridique pour lutter contre le prosélytisme est très complet. Il faut juste l’appliquer et faire confiance aux valeurs qui animent l’immense majorité de nos concitoyens.  Nous devons assurer à chacun sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix. Les femmes qui ne portent pas le voile sont libres de leurs choix. Celles qui souhaitent le porter doivent pouvoir le faire en toute liberté sans limites autres que celles prévues par la loi de la République et les impératifs de l’ordre public. 

Propos recueillis par Jean-Marie Guénois

La fête du Mawlid 1441

Rabi’ Al- Awwal, 3 ème mois de l’année hégirienne 1441, mois de la naissance du Prophète Muhammad, Paix et Salut soient sur Lui (PBSL), débute le mardi 29 octobre 2019. La fête du Mawlid, commémorant cette naissance, correspond cette année à la nuit du 9 au 10 novembre 2019.

A cette occasion, l’Union des Mosquées de France (UMF) présente à l’ensemble des musulmans de France ses meilleurs vœux de bonheur et de prospérité.

La célébration de cette fête par des lectures coraniques, des chants, des prières et des méditations sur l’œuvre du prophète Muhammad (PBSL), est aussi un moment de transmission des valeurs authentiques aux futures générations qu’il faut plus que jamais préserver des lectures dévoyées de l’héritage prophétique.

L’UMF réitère son appel aux imams et enseignants à opérer une révision profonde dans l’enseignement de la vie du Prophète Muhammad (PBSL) afin d’y réduire la place disproportionnée qu’occupent les moments de conflits et de guerres pour laisser place aux aspects les plus représentatifs et les plus structurants de l’œuvre du prophète et de son message de Paix, d’Amour et de Miséricorde.

Le contexte difficile que traverse notre pays appelle les fidèles et les responsables musulmans à la grande vigilance. En concertation avec les pouvoirs publics, des mesures nécessaires à la sécurisation des rencontres et des manifestations spirituelles de cette fête doivent être mises en place.

A cette occasion bénie, l’UMF élève des prières pour la paix, la sécurité et la prospérité de notre pays et davantage de solidarité et de fraternité et de concorde entre tous nos concitoyens.  

Paris, le 29 octobre 2019

L’Union des Mosquées de France.

Interdire le voile aux accompagnatrices des sorties scolaires

L’attaque haineuse et raciste d’un élu RN du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté visant une mère accompagnatrice d’une sortie scolaire portant un foulard a relancé le débat sur la laïcité, et notamment sur la neutralité des personnes bénévoles de l’Education nationale.

Face à l’arrogance de l’élu du RN et à son ignorance caractérisée du principe de laïcité, la présidente du Conseil régional a rappelé fermement le droit en la matière et a mis en évidence la mauvaise foi de cette formation politique d’extrême droite qui n’a d’autre projet pour la France si ce n’est de semer la division, la haine et la discrimination entre les Français.

 

Un étrange détournement des faits

La mère violemment agressée devant son enfant et ses camarades, dans l’enceinte de l’un des symboles de la démocratie républicaine, est restée digne et respectueuse de ce symbole qu’elle voulait faire découvrir aux futures générations de citoyens. Aujourd’hui, elle a raison de porter plainte contre cet élu qui n’est plus digne de ses fonctions.

L’affaire aurait pu en rester à « des violences commises en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique sur mineur et majeur à caractère raciale », qui doivent être sanctionnées par la justice et un rappel du droit à ceux qui l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.

Au lieu de se pencher sur cette forme d’extrémisme (politique) dont sont victimes les femmes musulmanes portant un foulard et la menace que cet extrémisme présente sur la cohésion de notre pays, le débat s’est déplacé sur l’opportunité de légiférer ou non sur l’interdiction du port des signes religieux aux accompagnatrices des sorties scolaires !

Au lieu de se pencher sur le terrorisme qui se réclame de l’islam, cette tumeur dont les musulmans sont également victimes, et de le prendre dans sa véritable nature en tant que crime commis par des personnes mues par une idéologie mortifère, le débat s’est déplacé sur la pratique religieuse musulmane !

Dans ce climat délétère, les extrémistes de tout bord trouvent un terreau fertile pour cultiver leur propre existence : victimisation contre victimisation, slogan contre slogan, amalgame contre

 

Retour sur le débat du port de la soutane

Interdire voile 2Dans ces conditions, nous aurions pu ignorer ce débat sur le port des signes religieux qui resurgit à nouveau par réfraction. Mais face à des voix d’hommes politiques de premier plan appelant à interdire aux femmes portant un foulard d’accompagner les sorties scolaires, il serait utile de faire un retour aux fondamentaux de la loi de 1905.

Il serait utile de se replonger dans les moments de gestation de cette loi. Le 26 juin 1905, Charles Chabert, député de la Drôme, présenta l’amendement suivant : « Les ministres des différents cultes ne pourront porter un costume ecclésiastique que pendant l’exercice de leurs fonctions. » Il y fait feu de tout argument possible et imaginable, dont voici quelques extraits :

« Il est étrange, il est véritablement incompréhensible, qu’un projet de loi (celui de 1905) si longuement et si mûrement étudié (…) ne dise pas un mot d’une question qui a une importance extrême, capitale, le port du costume ecclésiastique. »

« Est-ce que, par hasard, la Chambre estime indigne d’elle de s’occuper de tels détails ? Veut-elle laisser libre le port de la soutane ? »

« Dans les premiers siècles de la chrétienté, les ecclésiastiques s’habillaient comme tout le monde et ce n’est que plusieurs siècles après la naissance de la religion nouvelle qu’ils jugèrent à propos de se différencier des autres citoyens. »

« Pourquoi maintiendrait-on aux ecclésiastiques le privilège de conserver et de porter un costume qui jure si étrangement avec les mœurs et les goûts modernes ? »

« Ce costume favorise l’autorité sur une partie de la population et c’est précisément une des raisons principales pour lesquelles l’Église attache au costume de ses ministres une telle importance. »

« Par l’effet du costume qui les sépare et les distingue du vulgaire, les prêtres apparaissent aux yeux des fidèles – et c’est là ce que veut l’Eglise – comme autre chose et plus que les hommes. »

« Le costume religieux n’est-il pas essentiellement un emblème ? Son port n’est-il pas au premier chef une manifestation confessionnelle ? »

« Les choses de la conscience, dans la conscience : tel est bien l’esprit de la loi que nous élaborons. Mais la soutane en public, ce sont les choses de la conscience dans la rue. »

« D’autre part, vous avez pu être témoins des manifestations diverses que provoquent assez souvent dans nos villes le passage d’une soutane (…), ils exposent les prêtres à de désagréables surprises. Eh bien ! Ne devons-nous pas empêcher que cet état de choses se perpétue ? »

« En Suisse, en Angleterre, en Amérique, les ecclésiastiques s’habillent comme tout le monde… Libre à chacun de s’habiller comme il lui plaît, voilà qui paraît simple et facile. Oui, quand vous aurez ôté à telle ou telle façon de se vêtir sa signification ou son prestige. »

« Voyez ce jeune prêtre qui passe dans la rue : son regard est timide, presque fuyant, son pas est lent et compassé, sa tête est penchée sur l’épaule, ses mains qui se perdent dans de larges manches sont croisées sur sa poitrine : est-ce un homme ? »

« Il y a des prêtres, je le reconnais, qui, pour rien au monde, ne consentirait à quitter leur habit, mais un plus grand nombre d’entre eux – et ce sont les plus intelligents, les plus instruits – attendent avec anxiété cette loi qui les rendra libres »

« De ce serf, de cet esclave faisons un homme. C’est ce que je vous demande au nom de la logique, au nom de l’humanité. »

 

interdire voile 3Ces arguments du député Chabert furent balayés par Aristide Briand, le rapporteur de la loi de 1905, par un rappel très instructif sur les objectifs et finalités de cette loi dont voici quelques extraits :

« Au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique qui paraît le préoccuper si fort, n’a pas été le résultat d’une omission mais bien celui d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements. »

« Ce que notre collègue voudrait atteindre dans la soutane, c’est le moyen qu’elle procure de se distinguer facilement des autres citoyens. »

« Quant au prestige dont jouit la religion dans nos campagnes, je crois qu’il serait téméraire de l’attribuer uniquement à la soutane. »

« La commission a pensé qu’en régime de séparation, la question du costume ecclésiastique ne pouvait plus se poser. »

« La soutane devient dès le lendemain de la séparation un costume comme un autre… C’est la seule position qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

 

Que dit le droit ?

Après le rappel de cet échange historique, oh combien instructif, nous ne devons pas perdre de vue que la proposition de loi visant à imposer la neutralité à des personnes qui n’incarnent pas l’Etat (les mères accompagnatrices en exemple) réaliserait une ingérence forte et explicite dans l’existence d’au moins deux droits fondamentaux : la liberté de conviction dont fait partie la liberté de religion et la liberté d’opinion.

De ce fait, elle se trouve en contradiction manifeste avec le principe de laïcité et va à l’encontre des objectifs poursuivis par les grands textes nationaux et internationaux traitant des droits fondamentaux que tous les pays démocratiques ont signés tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, complétée en 1966 par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), la Déclaration de l'Assemblée générale des Nations unies du 25 novembre 1981 sur l’élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction, la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 intégrée au préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, ou encore les articles 1er et 31 de la loi de décembre 1905.

La liberté de manifester sa conviction peut être limitée si elle entrave certains critères stricts résultant du corpus législatif et de la jurisprudence nationale : les règles de sécurité ; les règles d’hygiène ; l’interdiction du prosélytisme ; l’organisation nécessaire à la mission ; l’image de l’entreprise.

La mission du législateur est de concilier des droits fondamentaux antagoniques, en examinant le caractère acceptable, car proportionné, de l’atteinte portée à l’un d’entre eux pour un motif réputé d’intérêt public. Ce contrôle de proportionnalité impose, in fine, qu’il soit statué sur le point de savoir si la restriction d’une liberté apparaît véritablement nécessaire dans une société démocratique comme la nôtre, et non déséquilibrée en regard de l’exercice des autres libertés.

L’exigence de neutralité, instrument permettant d’atteindre les objectifs du principe de laïcité que sont la liberté et l’égalité des citoyens, pèse sur les fonctionnaires qui incarnent l’État dans l’exercice de leurs fonctions et non sur les personnes privées. L’État doit agir dans le respect de la laïcité pour garantir aux citoyens de convictions différentes d'être traités à égalité. Mais les personnes privées ne doivent pas être soumises à cette obligation de neutralité, car, en leur refusant de manifester leur conviction, on leur interdirait de fait l’exercice de leur liberté d’expression et leur liberté de conscience.

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La CEDH « retient que le port de certains vêtements (le foulard pour les femmes en Islam, la kippa ou le turban pour les hommes de confession juive ou sikh) relève d’abord de l’accomplissement d’une pratique religieuse avant d’être l’expression publique de l’appartenance à une religion » (CEDH, 10 novembre 2005 Sahin c/Turquie).

Il convient de rappeler également que selon le Conseil d’Etat, « le port du foulard ne constitue pas, par lui-même, en l’absence de toute autre circonstance, un acte de pression ou de prosélytisme » (CE, 27 novembre 1996, n° 170209, publié au recueil Lebon).

Toujours, selon le Conseil d’Etat, dans son avis du 3 mai 2000, Demoiselle Marteaux, après avoir rappelé l’obligation de neutralité des agents du service public, il conclut par « le fait pour un agent du service de l'enseignement public de manifester dans l'exercice de ses fonctions ses croyances religieuses, notamment en portant un signe destiné à marquer son appartenance à une religion, constitue un manquement à ses obligations.

Les suites à donner à ce manquement, notamment sur le plan disciplinaire, doivent être appréciées par l'administration sous le contrôle du juge, compte tenu de la nature et du degré de caractère ostentatoire de ce signe, comme des autres circonstances dans lesquelles le manquement est constaté. »
 (CE- Avis du 3 mai 2000-Dlle Marteaux).

Le Conseil d’Etat a eu l’occasion de préciser dans deux arrêts (CE 27 juillet 2001 Syndicat national pénitentiaire Force ouvrière ; solution réaffirmée dans CE 29 mai 2002 Syndicat national pénitentiaire Force ouvrière) relatifs au versement d’une prime de sujétions spéciales aux membres des congrégations religieuses apportant leur concours aux établissements pénitentiaires que « ni le principe de laïcité, ni celui de neutralité du service public ne s’opposaient à l’intervention, exclusive de tout prosélytisme, dans les prisons, de surveillants congréganistes qui apportent leur concours au fonctionnement des établissements pénitentiaires pour l’exercice de tâches relevant non de la surveillance des détenus, mais de fonctions complémentaires de soutien ». En l’espèce, les missions exercées par les religieuses étaient celles d’assistante sociale, de bibliothécaire et d’infirmière.

 

Veiller à l’application des lois dans un esprit de sérénité et d’équité

Il importe de préciser que le cas des religieuses apportant leur concours aux établissements pénitentiaires évoqué ci-dessus, n’a pas suscité, à notre connaissance, et à juste titre, la volonté exprimée aujourd’hui par certains d’imposer la neutralité aux agents privés en charge d’un service, même public.

Les quelques cas de prosélytisme, s’ils en existent, et qui peuvent être réglés dans le cadre légal existant, ne sauraient justifier de prendre le risque de voter une nouvelle loi contraire aux principes et fondements de la République.

Le devoir de nos responsables et de nos représentants est certes d’émettre des lois et de veiller à leur application mais il est encore plus important de le faire dans un esprit de sérénité et d’équité. Nous devons tout faire pour que toutes les libertés de conscience des enfants et celles de leurs parents (croyants ou non croyants) soient respectées de manière stricte sans pour autant accepter que les libertés de conscience des parents bénévoles soient entravées.

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Mohammed Moussaoui est président de l’Union des mosquées de France (UMF).

Source : https://www.saphirnews.com/Interdire-le-voile-aux-accompagnatrices-des-sorties-scolaires-defense-de-la-laicite-ou-entrave-a-la-liberte_a26710.html

 

Décès du Président Chirac

Le président Jacques Chirac vient de s’éteindre chez lui à Paris, ce jeudi 26 septembre 2019 à l’âge de 86 ans.

En cette douloureuse circonstance, l’Union des Mosquées de France présente ses sincères condoléances à sa femme Bernadette, sa fille Claude, son petit fils Martin et à tous ses proches et amis.

Né le 29 novembre 1932 à Paris, Jacques Chirac fut président de la République du 17 mai 1995 au 16 mai 2007, maire de Paris du 25 mars 1977 au 16 mai 1995, Premier Ministre du 27 mai 1974 au 25 août 1976 puis de 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Il fut à plusieurs reprises député, ministre, secrétaire d’Etat, président du Conseil Général et a occupé de nombreuses responsabilités politiques.

L’image qu’il aurait laissée, à l’échelle nationale, serait celui d’un président proche des français, cordial et accessible, comme en témoigne les hommages qui lui sont rendus par l’ensemble des citoyens quelle que soit leur condition et leur conviction. A l’échelle internationale, son opposition à la guerre d’Iraq de 2003 fut le symbole de sa volonté de défendre l’indépendance de la politique étrangère de la France.

Paris le 26 septembre 2019

L’Union des Mosquées de France

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