Bernard Cazeneuve

Mostafa El Qsiri, le président de l'association gestionnaire de la mosquée, demande au ministre de l'Intérieur «davantage de sécurité» /Photo DDM, Sébastien Lapeyrère

En recevant le ministre de l'Intérieur hier, la communauté musulmane d'Auch s'est sentie entendue par «la République». Tout en se félicitant de «la fermeté» de Bernard Cazeneuve.

Hier, pour les musulmans du Gers, c'était la journée des symboles. En début d'après-midi, ils se sont rassemblés pour la prière du vendredi. Puis, à 17h, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, est venu les soutenir et prononcer un discours de «concorde» à la Préfecture (lire page 7). Un double symbole qui montre, selon Mostafa El Qsiri que «la République est là, nous aussi.»

Les musulmans du Gers se sont sentis entendus, M. El Qsiri, le président de l'association gérant la mosquée, n'a d'ailleurs pas hésité à interpeller M.Cazeneuve : «Cette mosquée, elle représente beaucoup de travail, de solidarité, nous avons mis trois ans à la construire. Depuis l'incendie, les gens sont désemparés. Alors, on attend, comme vous l'avez fait, des condamnations fortes de ces actes, et que vous réaffirmiez l'autorité de l'État.» Réponse immédiate du représentant de l'Etat, devant une nuée de caméras, micros, appareils photos et autres carnets de journalistes : «Lorsqu'il y a une épreuve de ce type, il y a la solidarité de l'Etat. Je suis venu adresser aux habitants de cette ville un message de solidarité, d'apaisement et de concorde. Et je veux dire que face à des actes animés par la haine, nous adaptons constamment le dispositif. La réponse de l'État, c'est la fermeté.»

Réponse arrivée droit au cœur du représentant des musulmans : «C ‘est un message clair, qui nous satisfait. Nous allons continuer à croire en la République, en la France. Parce que pour beaucoup, nous sommes Français… Français et musulmans. Je pense aussi qu'un jour nous pourrons faire en sorte que la présence d'une mosquée dans une ville soit vécue comme normale.»La visite du ministre n'est donc pas trop tardive ? «Mieux vaut tard que jamais, répond M. El Qsiri. Le président de la République a condamné très rapidement l'incendie. On est une petite ville, on prend ce qu'on nous donne…»


La prière du vendredi, comme un emblème

Ils étaient très nombreux, hier,sous le chapiteau prêté exceptionnellement par CIrca, pour la prière du vendredi. Nabil, un des fidèles de la mosquée d'Auch, soulignait, à la sortie du culte : «Comme tous les vendredis, on est unis, on a fait la prière tous ensemble. Malgré ce qui s'est passé, on ne baisse pas la tête. On montre à ceux qui nous ont fait ça que l'on continue à prier, que ça ne nous a pas atteint.» Mostafa Al Qsiri, le président de l'association gestionnaire de la mosquée a tenu à «remercier les frères et sœurs qui sont venus nombreux, dans ce lieu particulier, dans ce contexte particulier.»

Au micro, Mohammed Moussaoui, qui a dirigé la prière, était exactement dans le même état d'esprit. Le président de l'Union des mosquées de France et président d'honneur du conseil français du culte musulman, a déclaré aux fidèles : «Nous faisons face à une épreuve qui a touché les musulmans d'Auch, mais aussi de France, mais aussi l'ensemble de nos concitoyens. Devant les épreuves, les musulmans doivent avoir une attitude exemplaire : ils doivent être patients et endurants et être confiants en Allah. Avant de construire la mosquée d'Auch, vous l'aviez construite dans votre cœur. Ceux qui ont détruit la mosquée n'ont pas détruite celle qui est dans votre cœur.» Mohammed Moussaoui, devant l'assemblée, a ajouté : «Allah, qui vous a donné la volonté de construire cette mosquée, vous la redonnera à nouveau. Nous avons d'ailleurs appelé tous les musulmans de France à venir pour vous aider à la reconstruire aussi belle qu'elle était avant.»

Puis, à l'attention des fidèles, l'ancien président du CFCM a souligné : «Nous serons vigilants, nous pourrons être inquiets, mais jamais nous ne serons faibles. Nous devons être unis contre les extrémistes. Les extrémistes se nourrissent mutuellement, ils n'ont pour intérêt que de faire augmenter les tensions. Nous devons donc afficher notre confiance dans Allah, afficher notre confiance dans la France, notre pays, notre terre.» Et, en guise de conclusion ; «Que la France vive heureuse et prospère, qu'elle soit grande par l'union et la concorde.»


Grande unité et petit garçon

Il est des images qui marqueront cette visite. Des images officielles, et d'autres plus légères…

Côté officiel, c'est sans aucun doute l'unité qui a marqué. Car, si le ministre a axé son discours sur «la concorde», toutes les religions, de nombreux partis politiques, de nombreux élus étaient présents. On se souviendra notamment de la venue de représentants nationaux du conseil français du culte musulman, dont son président d'honneur, ainsi que Dalil Boubakeur le recteur de la Mosquée de Paris mais également de représentants du Grand rabbin de Toulouse et de l'archevêque d'Auch.

Mais on retiendra aussi ce petit garçon qui ne s'embarrasse pas des conventions. Quelques secondes avant l'arrivée du ministre à la mosquée, il erre au milieu des journalistes. Et de demander au chef du protocole comment «être pris par les caméras». Lequel lui répond : «Mets-toi là, juste en face, devant le passage piéton». Sûr que le petit garçon aura passé sa soirée devant les chaînes d'information en continu…

Source :ladepeche.fr/ Par : Christophe Zoia/ Publié le 29/08/2015

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