Une mise au point sur le communiqué du CFCM

Lundi 28 octobre 2019, le président de la République Emmanuel Macron a rencontré le président du CFCM et ses deux vice-présidents et leur a demandé « un changement de rythme » dans la lutte contre la radicalisation, notamment sur trois points : le port du voile, la place des femmes, l’école républicaine.

A l’issue de la réunion exceptionnelle du « Conseil Religieux du CFCM » du mardi 29 octobre 2019, un communiqué du CFCM en dix points a été diffusé.

Ce communiqué fait état d’annonces dont certaines mises en avant ne sont pas nouvelles puisque déjà faites en 2015 et 2016, telles que le lancement d’une réflexion sur la mise en place d’un Ordre d’Imams de France, l’intégration des femmes théologiennes dans le « conseil religieux du CFCM » et l’engagement d’une réflexion sur les signes de radicalisation.

L’association que le CFCM avait crée en 2015 pour lutter contre la radicalisation et déconstruire le discours extrémiste, ne s’est presque jamais réuni et aucune réalisation n’est à mettre à son actif.

S’agissant du « Conseil religieux », après l’annonce de sa création en 2016, l’Union des Mosquées de France avait demandé la mise en place d’un groupe de réflexion pour définir les profils des membres de ce conseil, sa composition, sa mission et son mode de fonctionnement. Malheureusement, Cette demande n’a pas été entendu. Aujourd’hui, chacun peut constater que la liste des membres de ce « Conseil religieux » est inconnue et aucun avis est à mettre à son actif.

 

Contrairement à ce que laisserait entendre le communiqué du CFCM, je tiens à préciser qu’aucun membre de l’Union des Mosquées de France (UMF) n’a été invité à la réunion du mardi 29 octobre 2019. De ce fait, il est de notre devoir d’apporter des précisions sur le contenu du communiqué du CFCM publié à l’issue de cette réunion.

Parmi les dix points du communiqué de ce CFCM, la question du port du voile. 

 

La formulation de la réponse apportée à cette question : « Le port du voile est une prescription religieuse, mais celles qui ont décidé de s’en affranchir ne sont pas moins musulmanes et restent dans la communauté des croyants. » est dangereuse tant elle compare le fait de « ne pas porter le voile » au fait de « sortir de la communauté des croyants ». Certes, le communiqué du CFCM dit que le premier n’entraine pas le second. Mais établir un tel lien n’a pas lieu d’être, d’autant que jamais aucun savant ne l’a fait auparavant. Le port du voile est une pratique religieuse qui ne fait pas partie des fondements de la foi musulmane.

 

Il faut rappeler également que cette pratique ne figure pas dans ce qui est communément connu comme les cinq piliers de l’islam :  l’attestation de la foi, la prière, la zakat (l’aumône légale), le jeûne et le pèlerinage pour ceux qui en ont les moyens.

 

Cette formulation laisse entendre qu’il est possible de juger le niveau d’islamité ou de religiosité d’une personne. C’est cette approche radicale qu’il faut combattre fermement. Probablement le CFCM voulait sous-entendre cela, mais sa formulation était clairement malheureuse. Il faut rappeler sans cesse que la pratique religieuse, quelle qu’elle soit, diffère d’un individu à l’autre et personne n’a le pouvoir ni le droit de juger de la pratique des uns et des autres ou de les stigmatiser.

 

Le religieux doit rappeler les textes avec leur lecture authentique et contextualisée, accompagner les personnes qui le désirent dans leur cheminement spirituel, respecter leur liberté, reconnaître leur capacité à assumer leur responsabilité face à leurs devoirs et s’abstenir de les juger ou de les cataloguer.

 

Nous devons assurer à chacun sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix. Les femmes qui ne portent pas le voile sont libres de leurs choix. Celles qui souhaitent le porter doivent pouvoir le faire en toute liberté sans limites autres que celles prévues par la loi de la République et les impératifs de l’ordre public.

Fait à Paris le 30 octobre 2019

Union des Mosquées de France

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