Connaître l’Esprit d’une règle pour parvenir à une application saine, en droit musulman comme en droit positif français

En droit de façon générale, on distingue la “Lettre” et “l’Esprit” d’un texte juridique.

La “Lettre” c’est son sens littéral ou apparent et “l’Esprit” ce sont les objectifs visés par le législateur, autrement dit, « pourquoi une telle règle » ?

EN DROIT MUSULMAN, le Législateur c’est Dieu. L’Esprit de Ses Lois (Coran et Tradition prophétique), ce sont les sagesses qui sont derrière et les objectifs qui sont visés.

En matière de culte et d’adoration, nous devons nous conformer, dans tous les cas, aux obligations du Coran et de la Sunna, que nous connaissions ou pas l’objectif et la finalité : “Nous avons entendu et nous avons obéi“(s24 v51).

Car parfois, les sagesses des règles religieuses n’ont pas été définies, ni par le Coran ni par la Sunna. Dans ce cas, les savants peuvent, à travers les textes complémentaires ou leur Ijtihad (effort intellectuel), essayer de trouver la sagesse et la finalité qui se cachent derrière une adoration.

Cependant, il arrive aussi que trouver ces sagesses soit impossible. Dans ce cas, il s’agit d’un secret divin. Par exemple, pourquoi doit-on faire 7 tours de la Kaaba durant le « Tawaf », et pas 8 ou 10 ? Pourquoi la prière de Dhor comprend 4 unités de prières et pas 2 ou 3 ? La réponse est : « Nous avons écouté et nous avons obéi ! ».

!!! En revanche, ce qui nous intéresse ici, c’est le cas où l’esprit, l’objectif, la finalité de la règle ont été clairement définis par le Coran ou la Sunna, mais que certains musulmans se contentent d’appliquer la règle à la lettre SANS prendre en compte la finalité et l’esprit !!!

Résultat : parfois, en appliquant à la lettre sans connaitre la finalité, on contredit cette finalité !

Voici donc deux exemples parmi d’autres où l’”Esprit de la loi musulmane” est ignoré ou pire encore, contredit par la pratique de certains musulmans :

🔵 L’interdiction de porter des vêtements qui descendent sous les chevilles :

Al-Boukhari rapporte d’après Abou Hourayra que le Prophète (pbsl) a dit : « Ce qui descend de l’habit au-dessous de la cheville sera dans le Feu ».

Il faut bien comprendre que dans le contexte culturel de l’époque, laisser traîner ses habits était un signe d’orgueil, d’arrogance et de vanité, et c’était l’habitude des notables qurayshites et des princes. L’esprit de la règle était donc de combattre les sentiments d’orgueil et de vanité, qui seraient donc la cause réelle du châtiment mentionné.

D’ailleurs, le Prophète (pbsl) a autorisé Abû Bakr As-Siddiq (rad) à laisser tomber son vêtement en lui disant : « Tu n’es pas de ceux qui font cela par orgueil ! », ce qui a poussé la majorité des savants à dire que l’interdiction tombe s’il n’a y a pas d’orgueil. C’est d’ailleurs l’avis de l’imam Al Boukhari qui distingue les deux situations (avec orgueil et sans orgueil) dans son Sahih.

Aujourd’hui, laisser tomber son habit sous la cheville N’EST PLUS le signe culturel d’un orgueil ou d’une vanité.

 Or, l’esprit est ici confondu avec la « raison d’être » de cette règle. C’est pourquoi certains savants affirment que cette règle est aujourd’hui difficilement applicable, car sa cause initiale a disparu : en 2020, on ne laisse quasiment plus laisser trainer ses vêtements pour manifester de l’orgueil, ce n’est plus dans « l’ère du temps »…

D’autres savants réfutent cette approche et maintiennent toujours la validité de cette règle et l’interdiction pure et simple de laisser tomber son vêtement sous la cheville ; et c’est aussi un avis qu’il faut absolument respecter ! D’ailleurs, ceux qui suivent sincèrement cet avis, en ayant une bonne intention, par amour pour le suivi d’une parole prophétique, seront très certainement récompensés !

Ceci dit, le problème c’est qu’on remarque qu’une minorité de frères appliquent “à la lettre” cette interdiction, et pensent ainsi être “plus musulmans” que les autres en pratiquant ce qu’ils croient être une marque de piété ! Parfois même, ils en viennent à mépriser les musulmans dont le vêtement dépasse la cheville ! Dans ce cas, ils deviennent orgueilleux et arrogants !

D’où l’importance de connaitre l’esprit du texte lorsque celui-ci a été défini, car sinon, on obtient deux catégories de personnes qui appliquent tous les deux un même hadith mais dont la récompense finale sera différente :

-Celui qui l’applique avec connaissance de l’esprit et donc avec humilité, et qui sera récompensé pour cela.

-Celui qui l’applique mais avec méconnaissance de l’esprit et en tombant dans l’orgueil et la vanité. Il contredit l’esprit et sera probablement puni pour ce sentiment d’orgueil.

🔵  Le fait de dormir toute la journée durant le jeûne:

Jeûner, c’est selon le texte, s’abstenir de boire, de manger et d’avoir des rapports sexuels, de l’apparition de l’aube jusqu’au coucher du soleil.

C’est une adoration, et comme nous l’avons dit pour les adorations, « nous avons entendu et nous avons obéi » ! Autrement dit, connaitre ou pas l’esprit de la prescription n’influe absolument pas sur son caractère obligatoire, mais peut influer sur sa bonne application.

Or, certaines personnes méconnaissent l’esprit du jeûne, qui a pourtant été détaillé dans d’autres hadiths, et qui est : le rapprochement de Dieu, la multiplication des efforts, des adorations, des bonnes actions, tels que la purification, le fait de ressentir les bienfaits que Dieu nous a octroyés et de le remercier pour cela, bref, tout sauf le fait de dormir toute la journée !

Jeûner en dormant toute la journée, c’est donc appliquer le texte « à la lettre » mais c’est aussi contredire son esprit !

EN DROIT POSITIF FRANÇAIS :

Comme pour le droit musulman, le droit positif français n’échappe pas à cette nécessité de connaitre l’esprit des Lois ! En voici un exemple :

🔵 La loi de 1905 sur la Laïcité

Le détournement de l’esprit d’un texte juridique est aussi présent en droit français, notamment sur des sujets d’actualité comme la Loi sur la laïcité de 1905

La loi de 1905 est, à l’origine et dans “l’esprit” de son rapporteur Aristide Briand, une consécration de la Liberté de pratiquer le culte de son choix, pour tous les citoyens. L’Etat doit être neutre, mais les citoyens doivent être libres !

A.Briand l’a d’ailleurs clairement fait remarquer en s’opposant à ceux qui voulaient déposer un amendement pour interdire la soutane (habit des prêtres) dans l’espace public ! Autrement dit, l’esprit, l’objectif de cette Loi de 1905, que l’on peut trouver en effectuant des recherches juridiques et historiques, en étudiant les travaux préparatoires de cette loi, c’était (aussi) de protéger la Liberté de culte.

Pourtant, des partis politiques comme le Rassemblement National, méconnaissent volontairement ou pas l’Histoire de cette loi. Ils osent se baser sur cette loi de Liberté de 1905, pour proposer en 2020 une loi LIBERTICIDE qui interdirait le port des signes religieux dans la rue !

Proposer une telle Loi en se basant sur le principe de laïcité, c’est donc dévoyer et aller totalement à l’encontre de son esprit originel

UMF FRANCE

L’« Union des Mosquées de France », ci-après dénommé «UMF», est une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901. L’UMF regroupe les « Conseils Régionaux de l’Union des Mosquées de France », au nombre de 13, un par région administrative, mentionnés sous le nom de « Union des Mosquées de la Région, suivi du nom de la région ».